Marie Dey : En avant la vie (titre de l'article)
Elle n'avait pas 50 ans quand on lui a découvert un cancer des os et de la moelle. Marie Dey s'est accrochée aux moindres anfractuosités de la vie et, aujourd'hui déclarée en rémission, s'emploie à témoigner et à aider les malades.
"Myélome" : le terme n'est joli ni à écrire ni à prononcer. Pour Marie Dey, comme pour beaucoup, il ne signifiait rien, jusqu'à ce jour de 2003 où il prit la forme d'une gifle en pleine figure. Cancer multiple des os, à même pas 50 ans. "On passe par plusieurs phases, se souvient-elle. D'abord je n'y ai pas cru, puis j'ai eu peur de mourir. Ensuite tout est allé très vite : examens, analyses, traitements. On ne s'appartient plus, tout vous échappe."
Les mots fusent dans sa bouche, ensoleillés par l'accent du Gard où elle vit. Marie Dey veut témoigner pour soulager les autres, sans doute aussi pour se persuader qu'elle est bien vivante. Elle a écrit son histoire dans un livre paru chez un éditeur nîmois : "Fais-moi rire".
Ne jamais lâcher
"J'ai eu la trouille", confie Marie Dey. Comment faire autrement ? Mais pour cette mère dynamique, amoureuse d'un nouveau compagnon, pas question de ne pas se battre. La maladie qui fait son sale boulot, "comme une araignée planquée qui n'attend qu'une baisse de vigilance pour attaquer", elle l'affronte de face, les yeux dans les yeux. "Il ne faut jamais lâcher prise, c'est un combat permanent, dans lequel le moral soutient le corps, indiscutablement", assure-t-elle. S'empressant d'ajouter : "Il faut aussi accepter les passages à vide, savoir évacuer colère et tristesse, mais sans se barricader derrière ses plaintes." Les passages à vide, Marie Dey les a connus, entre la perte de confiance en soi, la chimiothérapie qui assomme, la solitude du malade, et deux autogreffes dont elle se souvient avec effroi.
Mais l'envie de vivre était puissante, et Marie Dey l'a conjuguée sur tous les tons durant plus de deux ans. "Je me suis accrochée à tout : l'humour, les efforts pour rester jolie, mais aussi les petits travaux à la maison pour dire qu'on a fait quelque chose, qu'on n'est pas qu'une machine à avaler des médicaments. Certains jours, couper trois roses au jardin est une victoire."
Une main tendue
Aujourd'hui Marie Dey est déclarée en rémission et se tourne vers les autres. Elle a créé durant l'été 2006 une association, "Les Ateliers de Marie", pour offrir aux malades un cadre où se retrouver et partager ensemble des activités toutes simples. "On réalise de menus bricolage pour reprendre confiance et s'occuper l'esprit pendant quelques heures, explique-t-elle. J'aurais apprécié une telle offre pendant ma maladie." Marie Dey assure aussi une permanence à l'hôpital, en compagnie d'un psychologue, pour encourager les malades par son témoignage. "Ma maladie m'a appris l'importance d'être soi-même, d'écouter les signes qu'envoie le corps, la nécessité de ne pas aller contre sa nature et de savoir qui on est pour rester en bonne santé." Une leçon qui ne s'adresse pas qu'aux malades, loin de là.
Ségolène Poinas