Mon mémoire sur la périnatalité
Depuis toujours, je suis convaincue que l’être humain se construit en interaction constante avec son environnement. Dans mon parcours professionnel comme dans ma vie personnelle, j’ai observé combien notre milieu — matériel, social, culturel et émotionnel — influence profondément notre équilibre intérieur. Cette réalité prend une dimension particulière au moment du post-partum, cette période charnière que l’on appelle le « quatrième trimestre », souvent sous-estimée alors qu’elle constitue un temps de grande vulnérabilité et de profonde transformation.
À travers ce travail, j’ai souhaité explorer comment l’environnement et les intentions conscientes peuvent permettre à la jeune mère de retrouver un équilibre choisi plutôt que subi. Après l’accouchement, le corps est sollicité à l’extrême : fatigue intense, chute hormonale, carences nutritionnelles, nuits hachées et charge mentale accrue. Pourtant, ces besoins fondamentaux restent encore trop peu pris en compte. J’ai alors choisi de placer le corps au cœur de la réflexion, comme fondement du renouveau.
Dans ma pratique d’accompagnante postnatale, la nutrition est un levier essentiel. Les recherches en biologie nutritionnelle confirment ce que les traditions du monde savent depuis toujours : nourrir la mère, c’est soutenir sa récupération physique, stabiliser son humeur et prévenir l’épuisement. Je défends une alimentation vivante, chaude, peu transformée, inspirée des sagesses ancestrales — bouillons, plats mijotés, épices digestives — qui viennent réparer et régénérer en douceur. Mais surtout, j’ai appris que le « comment » compte autant que le « quoi ». Face à une mère épuisée, je choisis de nourrir avant d’expliquer, de transmettre par le geste, le goût et la présence plutôt que par un discours théorique.
Cette approche s’enracine profondément dans mon histoire personnelle. Fille d’agriculteurs, j’ai grandi au rythme des saisons, de la terre et du vivant. Cet héritage paysan façonne encore aujourd’hui ma vision du soin : respecter les cycles, valoriser les ressources locales, nourrir avec simplicité et conscience. En Provence comme ailleurs, j’observe un retour à ces valeurs essentielles, qui font écho à la philosophie du Mois d’Or.
Mes voyages, notamment en Afrique de l’Ouest, ont renforcé cette conviction. Là-bas, le post-partum est un temps collectif, soutenu par la solidarité féminine et communautaire. Nourrir la mère y est un acte symbolique fort, porteur de sens et de lien. Ces pratiques universelles m’ont permis de mettre des mots sur une notion centrale de mon travail : la reliance. Se relier à soi, aux autres et à son environnement est, selon moi, un besoin vital dans cette période sensible.
Mon expérience en pédopsychiatrie m’a également montré combien l’environnement précoce est déterminant. À travers certaines situations cliniques, j’ai observé les conséquences durables de carences affectives, mais aussi l’extraordinaire capacité de réparation lorsque le cadre devient sécurisant, cohérent et bienveillant. Le lien, la continuité et la présence peuvent transformer des trajectoires de vie.
Enfin, ce mémoire est aussi une réflexion sur ma posture professionnelle. J’y affirme que l’accompagnement postnatal ne peut se réduire à une prestation de service. Être accompagnante, c’est être avec, dans une présence éthique, engagée et humaine. Face à la non-demande fréquente des jeunes mères, j’ai choisi une posture proactive, ancrée dans la prévention, la collaboration avec les professionnels de santé et le développement des compétences psychosociales.
Au fond, accompagner la maternité, c’est prendre soin du vivant dans toutes ses dimensions. C’est offrir un espace de confiance, de lenteur et de lien. C’est rappeler que le bien-être d’une mère ne se construit jamais seule, mais au cœur d’un réseau humain, attentif et soutenant.
