Note de Lecture : De la naissance aux premiers pas. Michèle Forestier (Éditions Érès)
Michèle Forestier, kinésithérapeute est une référence incontournable qui promeut la motricité libre et la confiance totale dans le potentiel de développement du nourrisson. L’ouvrage détaille les étapes motrices fondamentales, du positionnement ventral aux premiers pas, en insistant sur l’importance de l’expérimentation pour une construction posturale stable et harmonieuse.
Les Fondamentaux de la Motricité Libre
L’idée majeure, corroborée par les échanges que j’ai pu avoir avec des sages-femmes de diverses cultures et les observations cliniques, est la suivante : l’enfant, évoluant dans un environnement adapté et non entravant, n’a pas besoin d’être “mis” dans des positions qu’il n’a pas acquises seul.
L’auteure met en garde contre l’interventionnisme précoce (usage excessif de matériel tel que transat ou trotteur, ou le fait d’asseoir le bébé trop tôt), analysé comme un facteur de déséquilibre pouvant engendrer des schémas de compensation. Elle démontre que chaque étape du développement est cruciale, en particulier le quatre-pattes, essentiel à la structuration de la coordination et des schémas croisés qui préparent le corps à la verticalité.
Le rôle de l’adulte est redéfini : il doit être un observateur bienveillant et un garant de l’environnement sécurisé, s’éloignant du rôle d’acteur de la stimulation. Cette approche trouve un écho puissant chez Maria Montessori, qui affirmait : « L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source que l’on laisse jaillir. »
Dans le cadre de ma formation d’Accompagnante du Mois d’Or, cet ouvrage s’avère fondamental. La période post-natale est souvent source de vulnérabilité et de pressions. La motricité libre propose une approche simplifiée et apaisante, qui décharge les parents de l’obligation de sur-stimuler. Elle les incite à se recentrer sur l’observation et le ressenti, renforçant ainsi la connexion émotionnelle par l’émerveillement face aux progrès autonomes de leur enfant.
Je serai en mesure d’utiliser ces arguments solides pour justifier l’importance d’une saine présence parentale, hors hyperstimulation et hors écran, en ancrant l’idée que la meilleure connexion passe par l’encouragement sincère et le respect du rythme biologique. Cet enseignement agit comme un outil préventif contre la fatigue décisionnelle des jeunes parents.
De la Pauvreté Relationnelle aux Troubles Moteurs
Mon expérience en pédopsychiatrie, où j’ai été témoin de retards et de désorganisations du développement moteur, offre un éclairage clinique puissant. La motricité n’est jamais isolée : un trouble moteur précoce est souvent l’indicateur d’autres difficultés dans les sphères cognitive, psycho-affective ou relationnelle.
J’ai notamment observé, lors de Visites à Domicile (VAD), des situations de pauvreté de stimulation et d’interaction maternelle dues à une pathologie, où la petite fille, laissée seule et de manière prolongée dans un trotteur, a présenté de graves troubles du développement. L’intervention coordonnée des équipes TISF, soins conjoints (CAMPS, équipe mobile de périnatalité, service adulte et CATTP), et des créneaux de placement en crèche) a heureusement permis à cet enfant de rattraper son développement sur les années. Ce cas illustre la double face de l’entrave : si l’excès de matériel est nocif, le manque d’intentionnalité et d’interactions est tout autant délétère.
L’expertise de Forestier permet non seulement de mieux repérer les signaux d’alerte (les fameux « drapeaux rouges »), mais surtout de comprendre que le développement moteur (entravé ou, dans ce cas, dénué de sens relationnel) peut avoir des répercussions psychiques (frustration, faible estime de soi corporelle, anxiété massive). L’approche de la motricité libre et le respect du corps sont ainsi une forme de prévention primaire en santé mentale. Cette connaissance me permettra de justifier l’orientation des familles vers des rééducateurs (kinésithérapeute, psychomotricien) en cas de besoin avéré, voir de service rattaché au domaine de la psychiatrie.
