Note de Lecture Professionnelle : Maman, pourquoi tu pleures ?

Jacques Dayan, psychiatre et professeur de psychiatrie  de l’enfant et de l’adolescent

C’est avec un grand intérêt et une résonance clinique particulière que j’ai abordé cet ouvrage, qui offre une perspective riche et nécessaire sur le vécu psychique et émotionnel de la grossesse et, surtout, du post-partum. La lecture de Jacques Dayan met en lumière le travail psychique intense de la mère et du couple.

L’éclairage sur l’amalgame entre physique et psychique

L’ouvrage déconstruit l’idée que les difficultés psychologiques du post-partum se résument au simple “baby blues” ou à la fatigue physique. Ce faisant, il donne du sens aux phénomènes émotionnels complexes que les mères traversent et qui, malheureusement, se retrouvent au cœur de la clinique psychiatrique :

  • Résonance Clinique : en tant que soignante en hôpital psychiatrique, j’ai été confrontée à d’innombrables tableaux cliniques de familles, de mères et de pères en souffrance. Les concepts abordés par Dayan, notamment l’ambivalence, la vulnérabilité, et la difficulté à incarner la parentalité, me renvoient directement aux récits de ces patients adultes, notamment la nécessité de ne pas minimiser les plaintes. L’ouvrage nous rappelle que la tristesse et les difficultés exprimées par la mère sont une demande de reconnaissance du travail psychique invisible, dont l’impact peut se répercuter jusqu’au service de pédopsychiatrie infanto-juvénile où j’ai pu observer les conséquences des liens précoces fragilisés.

Illustration clinique :

Cette lecture m’évoque immédiatement le cas de cette mère de cinq enfants, tous suivis par divers services éducatifs et libéraux (IME, pédopsychiatres, neuro-pédiatres). Le parcours de vie de cette famille, fragilisée par un héritage familial pauvre psychiquement et une immaturité notoire, était entièrement tutorée par ces structures médico-sociales et hospitalières, qui venaient pallier l’absence de base éducative. Malgré le déploiement de soins orchestré pour ses enfants (nés de trois pères différents), cette mère m a confié lors d’un rendez-vous : « On ne m’a pas appris à être mère, j’aurais aimé que l’on me montre. »

  • Le diagnostic d’un potentiel syndrome de Münchhausen par procuration pouvait se poser face aux multiples besoins, de plaintes de cette mère, ainsi qu’à la multiplication des diagnostics de ses enfants. Cependant, la lecture de Jaques  Dayan nous pousse à aller au-delà du diagnostic  : cette multiplicité des plaintes et la quête de diagnostic étaient peut-être le seul langage disponible pour exprimer, de manière détournée, un besoin profond et jamais comblé : celui d’être vue, reconnue et guidée dans sa fonction maternelle. Son aveu sincère « J’aurais aimé que l’on me montre et que l’on m’apprenne à être mère »,  est la clé d’un vide de contenance plus vaste, soulignant l’échec de la société et des structures à lui fournir un environnement maternant.
  • L’auteur, aborde également la place du couple et la nécessité de l’accompagner dans la réorganisation de leur identité et de leur relation, un déséquilibre qui est souvent au centre des problématiques familiales que j’ai pu accompagner.

Observation clinique: Mon expérience m’a souvent confrontée à la difficulté concrète de réaliser des accompagnements conjoint. Bien que notre travail visait idéalement l’accueil du couple et de la famille, nous recevions les parents se présentant seuls (papa solo, maman solo, ou couple non séparé), même lorsque les rendez-vous étaient proposés en temps conjoints. Les consultations avec les deux parents ensemble restaient l’exception. Cela souligne l’importance de soutenir et de travailler la présence du couple et la co-parentalité dès les phases précoces de l’accompagnement.

L’approche  de Jacques Dayan est cruciale car elle nous arme pour entendre ces plaintes complexes et distinguer le besoin d’aide du symptôme, même lorsque le tableau clinique semble évident. Elle renforce l’idée que l’accompagnement périnatal est un outil de prévention primaire essentiel pour éviter l’escalade vers ces tableaux cliniques lourds.

Un choix professionnel dicté par la prévention

C’est la récurrence de ces constats cliniques et la conscience de l’importance cruciale d’agir à la source du déséquilibre qui m’ont poussée à prendre une disponibilité de la fonction publique hospitalière et ainsi me former à devenir accompagnante postnatale.

Mon choix de m’orienter vers l’accompagnement périnatal découle directement de cette expérience. Il s’agit d’une volonté d’intervenir en amont, là où la prévention primaire peut faire la différence et soutenir l’établissement d’un lien parent-enfant plus sécure et d’un environnement maternant plus solide. Ce livre ancre et valide cette décision .

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